1948 à La Haye : « l’Europe représente un espoir »

Au centre : Winston Churchill, ancien Premier ministre britannique (assis) Paul-Henri Spaak, ministre belge des Affaires étrangères - Session inaugurale du Conseil international du Mouvement Européen en février 1949. La création du Mouvement Européen constitue l'une des réalisations concrètes du Congrès de La Haye. © Conseil de l'Europe

3/4. Du 7 au 11 mai 1948, les Européens se réunissent au congrès de La Haye pour lancer la construction européenne. A l’occasion de ce 70e anniversaire, le Mouvement Européen – France vous propose une série d’articles consacrés au congrès et à ses suites politiques.

« Le Congrès de La Haye s’inscrit dans ce qu’on a appelé ‘la campagne des Congrès’, suite aux réunions de Montreux et de Gstaad en 1947 par exemple. Il doit faire la synthèse et réunir les différents courants des ‘voix pour l’Europe’ » détaille Jenny Raflik-Grenouilleau, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise et auteure d’un ouvrage sur le sujet.

L’événement réunit des décideurs politiques de premier plan au sein d’une vingtaine de délégations nationales, issues d’Europe occidentale et du Nord. La Turquie est également représentée. Si les historiens débattent toujours du nombre exact de participants et leurs origines, « on sait que le congrès a réuni entre 700 et 800 participants, commente Jenny Raflik-Grenouilleau. Les deux pays les plus représentés sont la France et le Royaume-Uni, avec plus d’une centaine de délégués dans chaque groupe. Suivent dans l’ordre les Belges, les Hollandais, les Italiens, les Allemands et puis les participants en provenance de Suisse. De nombreux intellectuels et exilés représentaient également les pays d’Europe centrale et orientale. »

Prouver l’existence d’un mouvement en faveur de l’unité du continent

« Le Congrès de La Haye c’est le moment où des gens qui ont des parcours, des itinéraires politiques très différents, se rencontrent pour parler de l’avenir de l’Europe. Le tout dans un contexte très difficile – fin de la guerre, début guerre froide – où l’Europe représente un espoir » analyse Jenny Raflik-Grenouilleau.

1/4 – “Il y a 70 ans, La Haye lançait l’Europe »

La Haye fait également suite à la constitution du BENELUX puis à la signature du Pacte de Bruxelles – accord militaire défensif entre le Royaume-Uni, la France et les trois du BENELUX. « Ce sont deux embryons de construction européenne. On est dans la pensée, l’envie, mais avec des visées pratiques. C’est un moment où tout semble possible. »

Ambitieux, le congrès poursuit trois objectifs, résumés par le Centre virtuel de la connaissance sur l’Europe : « prouver l’existence dans tous les pays libres d’Europe d’un mouvement d’opinion en faveur de l’unité du continent, discuter les enjeux de son unité et proposer aux gouvernements des solutions pratiques, insuffler une vigueur nouvelle à la campagne internationale d’opinion. »

Pendant trois jours, les travaux du congrès se répartissent entre trois commissions thématiques : politique, économique et culturelle. Les trois groupes imaginent les modalités de la construction européenne. La création d’une Assemblée Européenne et la rédaction d’une Charte des Droits Fondamentaux figurent parmi les principales revendications du Congrès – et seront concrétisées peu après. L’ensemble des propositions sont résumées dans la résolution politique finale du Congrès.

Les réalisations du congrès : le Conseil de l’Europe, le collège d’Europe et le Mouvement Européen

Dans un premier temps, La Haye aboutit à trois réalisations principales : la constitution du Conseil de l’Europe, la création du collège d’Europe à Bruges ainsi que le lancement du Mouvement Européen – International. Ce dernier réunit les organisations européennes de manière pérenne à partir de 1949 et poursuit encore aujourd’hui sa mission de sensibilisation des opinions publiques.

4/4 – « Vers la création du Conseil de l’Europe »

« Il faut également retenir des échanges d’expériences, des échanges d’envie. Il y a de multiples commissions qui vont se réunir, mais c’est ce qui se passe à côté – les rencontres, les dialogues et les liens personnels qui s’établissent. C’est peut-être ce qui compte le plus » pour Jenny Raflik-Grenouilleau.

Et ensuite ?

Au-delà des réalisations citées plus haut, le Congrès bénéficie d’une visibilité importante. Plus de 250 journalistes sont présents à La Haye pour couvrir l’événement. « Le symbole, les échanges et la couverture médiatique constituent presque ce qu’il y a de plus important » pour l’universitaire.

« Aujourd’hui on a une Europe qui ne fait pas rêver. Le Congrès de La Haye c’est exactement l’inverse. C’est le symbole d’une Europe des peuples, des volontés d’adhésion à un idéal européen. »

« Le Plan Schuman et la création de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) en 1950 répondent à un contexte économique et politique – la reconstruction d’après-guerre. La Haye voit bien au-delà. Pareil pour la Communauté européenne de défense, qui tente sans succès de répondre à la demande de réarmement allemand en 1954. Ces grandes avancées européennes répondent alors plus à des besoins géopolitiques directs.

Le Congrès s’inscrit bien plus dans l’esprit du Traité de Rome. En plus de conclure une union économique, le texte de 1957 revient sur l’idée d’identité européenne, avec ses symboles et ses valeurs. On est dans une réflexion bien plus globale » conclut Jenny Raflik-Grenouilleau.